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Renaud Capuçon, violoniste vintage

INTERVIEW – 2013 : un cap pour Renaud Capuçon. Le violoniste fête ses quinze ans d’une carrière internationale que connaissent peu de musiciens classiques français. Il a résumé ce parcours dans un coffret de trois CDs intitulé « Le violon roi ». Un autre disque est paru cette saison, moins volumineux et pourtant beaucoup plus symbolique : le « Concerto à la mémoire d’un ange » d’Alban Berg (1935), enregistré avec le club de musiciens professionnels le plus select du monde, les Wiener Philharmoniker. Une consécration. Renaud Capuçon vient à Bordeaux pour deux concerts interpréter ce chef d’oeuvre avec l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine sous la direction de Thierry Fischer.

Vous avez découvert le Concerto de Berg vers vingt ans. Quel souvenir en gardez-vous ?

R.C. : J’étais déjà fasciné par son titre, « A la mémoire d’un ange » que je trouvais très poétique. Puis j’ai adoré la musique. J’étais à Berlin avec le chef d’orchestre Claudio Abbado quand j’ai su que j’allais jouer ce concerto avec l’Orchestre National de France. Je suis allé lui demander conseil et nous avons travaillé la partition mesure par mesure sur la table de sa salle à manger ! C’est le concerto que j’ai le plus joué en quinze ans de carrière, au moins une fois par saison, alors qu’il n’est pas donné très souvent.

Votre vision de l’oeuvre a-t-elle évolué avec le temps ?

R.C. : Forcément. Au début j’avais une vision très intellectuelle, très analytique. On ne peut pas jouer cette œuvre sans connaître sa substantifique moelle (la pièce est écrite selon les contraignantes règles du dodécaphonisme, ndlr). C’est comme un livre dont on ne pourrait comprendre le sens qu’avec un code. À présent, j’ai intégré cette partie complexe et je peux passer outre pour donner une vraie interprétation au public… qui, lui, n’a pas besoin de connaître ces détails pour l’apprécier ! En quinze ans, j’ai pu rechercher un beau son, une musique sensuelle comme Claudio Abbado savait la faire. On a trop joué cette musique avec un son âpre sous prétexte qu’elle était moderne… ce n’est pas parce que c’est du contemporain que l’on doit faire un son laid ! Et puis les expériences de la vie font que le jeu gagne en intensité. En devenant adulte, homme et surtout père (d’un garçon né en 2010, ndlr), je suis forcément très touché par ce « Concerto à la mémoire d’un ange », à la mémoire d’une jeune adolescente morte prématurément.

Vous semblez avoir trouvé votre identité musicale, entre modernité et tradition…

R.C. : Je suis de mon temps – j’ai un portable ! – mais je passe ma vie à jouer des compositeurs morts, pour la plupart depuis des siècles. J’enregistre avec les Wiener Philharmoniker… un orchestre des plus traditionnels ! Et pourtant je ne suis pas de ceux qui critiquent leur règles centenaires qui font qu’il y a peu d’étrangers et de femmes au sein de l’orchestre… C’est à ce prix qu’ils ont gardé cette sonorité lumineuse, typique. Certaines entités doivent être préservées. Mais à côté de cela je travaille de plus en plus avec des compositeurs vivants. De tout temps, il y a eu un musicien, comme moi, qui a été le premier à jouer une partition. J’ai donc décidé de commander une œuvre par an jusqu’en 2017. En 2013, ce fut Jörg Widmann.

Mercredi 15 et jeudi 16 mai, 20 h, Auditorium, 9 cours G. Clemenceau. 8 à 35 €. 05 56 00 85 95. Egalement au programme de la soirée : « Siegfried Idyll » de Wagner, et la Symphonie fantastique de Berlioz. Les disques de Renaud Capuçon sont édités chez Virgin classics

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1 COMMENTAIRE

  1. […] Cette observation se vérifie d’avantage encore dans le Concerto pour violoncelle de Schumann transcrit pour violon. Ce passage du violoncelle au violon ne semble pas une aberration, le compositeur lui-même a écrit une version pour violon et piano. La transcription pour ensemble de cordes est plus étonnante, puisqu’on y perd au passage de nombreuses harmoniques offertes à l’origine, par les vents notamment. Dans cette version, on reconnaît la mélodie familière, profonde et virtuose, de ce célèbre concerto. Une fois jouée au violon, la partition livre d’autres atouts : vivacité et légèreté. Elle mets le soliste dans une position de leader. Il n’est plus soutenu par l’orchestre, enveloppé comme un enfant dans son couffin. Il doit gagner en autonomie. L’European Camerata, cette association de solistes, est le partenaire idéal pour une telle autonomie dont profite largement Renaud Capuçon (lire ici une interview du violoniste). […]

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