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Visite du musée de la musique

REPORTAGE – D’un violon Stradivarius à une guitare Fender en passant par un piano Érard. A quelques pas de la toute nouvelle Philharmonie de Paris, le musée de la musique fait découvrir le musique de manière interactive et moderne et une des plus belles collection d’instruments au monde.

Si pour vous un flageolet est un légume, qu’une pochette recouvre un DVD et qu’un cornet se mange avec une boule de glace… il est temps de faire un tour au Musée de la musique ! Car ce sont tous des instruments de musique : le cornet est l’ancêtre du tuba, le flageolet est une flûte et une pochette un violon.

La Philharmonie de Paris abrite l’une des plus belles collections d’instruments de musique du monde (7000 pièces dont 1000 exposés). Après quelques années de fermeture pour rénovation, le Musée de la musique a rouvert, en 2009, plus confortable, plus riche et plus interactif avec notamment un parcours dédié aux enfants de 4 à 12 ans, une salle dédiée à la musique du monde et une autre au XXe siècle.


Philarmonie portes ouvertes 2
Remettre l’instrument dans son contexte

« Nous avons fait un effort de contextualisation des instruments, explique le directeur du Musée, Éric de Visscher. Quarante écrans vidéos sur tout le parcours du musée viennent expliquer les nouvelles techniques, les découvertes, les œuvres ou les compositeurs qui ont fait évoluer l’utilisation des instruments et avec eux, l’histoire de la musique. » Chaque siècle est ainsi introduit par des interviews d’artistes, musiciens ou historiens, qui remettent la musique dans un contexte culturel plus large. « Le pianiste et chef d’orchestre Daniel Barenboïm présente le XIXe siècle et l’architecte Jean Nouvel introduit le XXe siècle », poursuit-il. Dans les vitrines, une peinture ou des photos viennent illustrer la période. Les enfants sont aussi particulièrement choyés dans cette nouvelle configuration. Un parcours sonore réalisé pour eux par Dominique Boutel, journaliste à France Musique, les emmène dans l’atelier du luthier ou avec les 20 enfants de la famille Bach.


concert_promenadecpomme-celarie22Visiter avec les oreilles

Chaque visiteur est armé d’un audioguide interactif qui lui permet de choisir les étapes de son parcours de visite. En cliquant sur le numéro correspondant à un instrument, il pourra ainsi écouter les commentaires sur cet objet, son histoire et surtout l’entendre. Car c’est la grande force de ce musée. Certains des instruments sont joués – dans la mesure où cela ne risque pas de les détériorer. On peut ainsi entendre une pièce de Debussy interprétée avec un piano Pleyel identique à celui sur lequel le compositeur l’a composée. La pièce prend une tout autre dimension, plus intimiste et orientale qu’une version actuelle sur piano Steinway. De même avec un Stradivarius ou une viole de gambe. Ce tour de force est possible grâce au laboratoire du musée qui entretient, répare et conserve les instruments (voir encadré plus bas).

L’écoute de ces enregistrements laisse songeur : le son que l’on entend devant ce clavecin de 1543 est-il le même que les spectateurs vénitiens ont entendu à l’époque ? « Musicalement, oui ! répond Joël Dugot, directeur du laboratoire, car nous respectons les règles d’interprétation de l’époque. Concrètement, non ! Car l’écoute est une chose très culturelle. L’oreille de l’homme du XXIe siècle a sans nul doute changé par rapport à celle du XVIe, elles n’ont pas été formées de la même manière, donc elles ne peuvent entendre la même chose. »

Un mur de bouton
Toutes ces œuvres d’art inspirent admiration, rêverie et respect… à l’exception peut-être de la salle consacrée au XXe siècle. Ici se côtoient le premier synthétiseur analogique de Robert Moog de 1965, le synthétiseur modulaire E-mu de 1971 – un grand mur de boutons de métal kitschissime-, la très populaire VCS-3 utilisée par les Pink Floyd dans Dark side of the moon, avec les guitares (cultes ?) de Django Reinhardt et de Jacques Brel… des « œuvres d’art » qui font sourire, trop proches de nous sans doute.

ENCADRE
Philharmonie portes ouvertes 1Un laboratoire i-tech
Interdit au public, cet espace protégé est digne d’une salle d’opération d’un hôpital ou du laboratoire de la police scientifique d’une série TV américaine. Entre ordinateurs, appareils de radiographie à fluorescence X et microscopes haute précision, des experts en blouse blanche analysent chaque instrument de musique acquis par le musée. Grâce à ces outils, ils pourront déterminer l’origine de l’instrument et son état. La datation du bois ou le scanner permet ainsi d’identifier un faux « strad » – comprenez un Stradivarius. Et les ordinateurs peuvent « mettre virtuellement en tension l’instrument » c’est-à-dire dans les conditions d’être joué, pour voir s’il résistera au choc. La salive et les microbes qu’elle contient sont par exemple un vrai danger pour les instruments à vent. Mieux vaut pour certains qu’ils restent sagement dans leurs vitrines.

Visite parue en 2009 dans TGV Magazine et révisée en 2015.
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