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Benjamin François : une faim d’orgue !

RADIO – Pendant le confinement, il a baladé ses micros dans le pays des orgues, baigné d’un étrange silence. Dans une série d’émissions diffusées cet été sur France Musique, Benjamin François pénètre dans ces énormes instruments et dans un Grand Est qui se relève, résilient par la musique. Dans Le Pays des orgues, tous les dimanches de l’été 2020 de 8h à 9h, on parle de villages et d’aéroports, de terasses et de jeux, d’oignons et d’œuvres d’art ! Rencontre.

Le grand-orgue de Notre-Dame abîmé, celles de Nantes détruites… sale temps pour les orgues, non ?
B.F. Cela peut paraître une série noire mais les cathédrales brûlent et les orgues aussi. À toutes les époques, des édifices majeurs se sont embrasés. Le patrimoine n’est pas éternel, l’homme le détruit… le restaure et le conserve !

Depuis combien de temps l’orgue est-il votre passion ?
B.F. : Après quinze ans de piano et ayant grandi dans une famille catholique de gauche, on m’a demandé au pied levé de jouer une fugue à l’église Saint-Ferdinand de Bordeaux, car l’organiste devait s’absenter. J’y ai pris goût et j’ai assisté l’organiste chaque dimanche, en lui « tirant les jeux ». Ce choix des jeux ou registration, c’est tout un art : ça doit être fait rapidement et de manière précise pendant les morceaux. Aujourd’hui, ça se prépare à l’avance grâce à l’informatique, sous réserve d’une console suffisamment moderne !

Cette émission est-elle née du confinement ?
Tout à fait. Je voyais les festivals s’annuler les uns après les autres et je me suis dit : qui d’autre que l’organiste respecte par essence les distances entre lui et son public ? Cette distance est au cœur de son rôle, entre terre et ciel, entre Dieu et les Humains. Et cela faisait dix ans que France Musique n’avait pas dédié d’émissions à l’orgue. Il était temps !

Pourquoi commencer par le Grand Est ?
Pour montrer comment une région meurtrie par le coronavirus peut activer sa résilience par la musique. L’histoire de l’orgue dans cette région est exceptionnelle. Au XVIIIe siècle, tous les villages se dotent d’un orgue. Il y a même une sorte de compétition à celui qui aura le plus beau comme l’orgue de Eschentzwiller, au Sud de Mulhouse, signé du grand facteur Jean-André Silbermann. Comme l’ont montré de récentes recherches musicologiques, l’orgue est alors joué par le maître d’école qui l’utilise selon la religion : chez les protestants, l’orgue accompagne le culte, chez les catholiques il est plus ornemental. On ne peut intéresser les auditeurs à l’orgue qu’en racontant ces histoires : celles d’hommes et des femmes, celles de la France et de l’Europe, celles des anecdotes et des drames. Évoquer via l’orgue les grandes épidémies de peste de 1618 et 1648 montre que la destinée humaine n’a pas foncièrement changé.

A écouter : https://www.francemusique.fr/emissions/le-pays-des-orgues

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