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Un Hamlet souverain à l’Opéra Comique

COMPTE-RENDU – Perturbé par les mouvements sociaux de fin 2018, l’Opéra Comique présente à nouveau Hamlet d’Ambroise Thomas, jusqu’au 3 février. Une distribution quasi-inchangée, dirigée d’une main de maître par son nouveau directeur musical, Louis Langrée.

Académique, Ambroise Thomas ?

Charles-Louis-Ambroise Thomas, dites-vous ? Un compositeur 100 % XIXe siècle (1811-1896), ayant composé deux opéras majeurs : Mignon, donné plus de 1 000 fois de son vivant, et Hamlet, au succès également retentissant. Dans les deux cas, un livret qui doit à deux ténors de la littérature, Goethe pour Mignon et Shakespeare pour Hamlet. Si on ajoute qu’Ambroise Thomas fut directeur du Conservatoire de Paris pendant vingt-cinq ans et premier compositeur à accéder au rang de commandeur de la Légion d’honneur, on se dit que tout cela fleure bon l’académisme et la bienséance institutionnelle.

Et sa musique, alors ? Quand Emmanuel Chabrier dit « Il y a de la bonne musique, et puis il y en a de la mauvaise, et puis il y a celle d’Ambroise Thomas », Hector Berlioz répond : « De la grâce, du feu, beaucoup de tact. » Alors, qui croire ?

Lire aussi : Louis Langrée aura le « bonheur » de diriger l’Opéra-Comique pendant cins ans
La beauté des émotions
© Vincent Pontet

Plutôt Berlioz, en fait. Certes, la musique d’Ambroise Thomas ne révolutionne pas le propos, et Hamlet n’est pas Pelléas (et Mélisande, de Debussy). Pour autant, elle est vive légère, inattendue, frissonnante souvent, efficace aussi. L’orchestration est impeccable et on fond à l’écoute du solo de saxophone (et oui, Adolphe Sax vient de l’inventer !) ou de la mélodie suédoise fredonnée par Ophélie (Sabine Devieilhe).

On se laisse également attendrir par le magnifique portrait musical d’Hamlet, mélancolique qui joue au fou pour tenter de confondre son oncle, fratricide et régicide. La musique d’Ambroise Thomas est psychologique et subtile. Elle colle à l’action comme un caméléon, campe les personnages et en révèle les nuances. Les récitatifs, riches en mots et destinés à faire avancer l’action, sont traités musicalement avec beaucoup de souplesse et d’inventivité. Bref, il n’y a rien d’illogique à ce qu’Ambroise Thomas ait légué à la postérité deux opéras majeurs du répertoire romantique.

La musique d’Ambroise Thomas est psychologique et subtile.

L’opéra, un art complet

Une fois cela posé, peut-on dire que la partition d’Hamlet, d’Ambroise Thomas, est bien servie, en ce moment, à l’Opéra Comique ? Assurément, oui. Il faut dire que l’histoire est assez belle : nous sommes fin 2018. Hamlet se donne salle Favart, et c’est un succès. Mais le mouvement social dit des gilets jaunes prive ce spectacle de son public potentiel. Qu’à cela ne tienne, son directeur de l’époque, Olivier Mantei, décide de reprogrammer cette production, Et voilà, quelques grèves, manifestations et crises Covid plus tard, le spectacle peut se redonner.

© Vincent Pontet
Un nouveau directeur musical

La distribution est presque inchangée : Stéphane Degout est Hamlet, Sabine Devieilhe, Ophélie, et Laurent Alvaro, Claudius. La mise en scène est de Cyril Teste, l’orchestre est celui des Champs-Élysées, les choristes sont ceux des Éléments et Louis Langrée est à la baguette. Seul changement majeur, finalement : le chef d’orchestre est devenu, dans l’intervalle, le directeur du lieu.

Courageusement (et masqué de bout en bout !) il mène à la baguette tout ce petit monde depuis la fosse, avec cette musique, semblable à une vouivre, créature fantastique et mythologique impressionnante, qui menace souvent de s’échapper, pour illustrer ce drame de l’amour qu’est Hamlet. Au-dessus de lui, une mise en scène majestueuse et élégante se déploie, avec de très beaux effets de perspective, de volumes et de couleurs. La surimpression de la vidéo en direct est une réussite absolue et témoigne d’une grande maîtrise technique et d’un très haut niveau artistique.

Un mot enfin sur la qualité vocale de l’ensemble : c’est un régal. On ne saurait être plus en forme que ne le sont Stéphane Degout et Sabine Devieilhe. Tous tiennent leur rang, y compris les choristes ou les seconds rôles, comme Yu Shao et Geoffroy Buffière.

Cette production est talentueuse et il vous reste une semaine pour la voir !

Hamlet, Ambroise Thomas. Direction musicale : Louis Langrée; mise en scène : Cyril Teste. jusqu’au 3 février à l’Opéra Comique (3h20). Informations et réservations.
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