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Les liens secrets entre la musique et le cerveau

SCIENCES – La Semaine du son de l’Unesco se poursuit partout en France jusqu’au 1 février. Emmanuel Bigand, chercheur en psychologie cognitive et co-auteur de La Symphonie neuronale, nous éclaire sur les effets de la musique sur notre cerveau.

Pourquoi les humains jouent-ils de la musique ? A quoi leur sert-elle ? Le cerveau d’un musicien est-il différent ? Chanter ou apprendre le piano peuvent-ils soigner ? Autant de questions évoquées dans La Symphonie neuronale, un livre passionnant coécrit par Emmanuel Bigand, professeur de psychologie cognitive à l’université de Bourgogne (Dijon) et Barbara Tillmann (CNRS).

La Symphonie neuronale (Humensciences)

Ensemble, ils dévoilent leurs recherches et racontent ce que les scientifiques ont découvert sur les liens entre musique et cerveau. Car la musique est plus qu’une source de plaisir et un loisir universel, c’est une forme de communication humaine, comme le langage corporel, mais portée par le son.

Elle nourrit nos liens sociaux depuis 35 000 ans, date de fabrication d’un des plus vieux instruments découverts, nous rend plus collaboratifs, sert de lien émotionnel entre un bébé et sa mère, et favorise l’empathie. L’oreille est un mécanisme qui permet à la vibration de pénétrer notre cerveau qui va ensuite la décoder. Avec quels effets ?

Des neurones mieux connectés, plus performants

« La musique a contribué au développement de l’espèce humaine, on le sait depuis que les technologies d’imagerie médicale permettent de regarder l’activité cérébrale en temps réel », répond Emmanuel Bigand, lui-même violoncelliste de formation. Ce dernier estime qu’elle est si ancrée en nous depuis l’origine de l’humanité, qu’elle est un besoin biologique auquel nos activités culturelles répondent. Et que tous les humains seraient naturellement prédisposés à en jouer. Participer à un rituel dansé, aller au concert ou écouter un disque nourrissent donc ce besoin avec des effets déterminants.

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« La musique change littéralement le système biochimique du cerveau quand elle stimule la production de dopamine, un neurotransmetteur à l’origine du plaisir et qui facilite les apprentissages, précise le chercheur. Elle n’active pas un centre spécifique dans le cerveau, mais différentes zones qui traitent des émotions, de la mémoire, du traitement visuel de l’information rythmique et même du raisonnement. »

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La musique a le pouvoir de synchroniser l’activité des cellules, et que se passe-t-il quand deux neurones jouent la même partition ? Ils sont plus performants et améliorent l’échange d’informations entre eux. Et cela se voit. Le cerveau, stimulé, remodèle ses connections.

Il change. « C’est une découverte à laquelle on ne s’attendait pas », admet Emmanuel Bigand. Ce mécanisme, appelé la plasticité cérébrale, explique pourquoi pianistes et violonistes ont des zones plus denses dans leur cerveau. On le voit au niveau des autoroutes de la communication que sont le faisceau arqué et le corps calleux, qui relie les deux hémisphères du cerveau, mais aussi au niveau du cortex moteur, qui contrôle le mouvement.

Favoriser l’apparition du langage

Page après page, La Symphonie neuronale nous emmène dans les laboratoires de recherche aux quatre coins de la planète. C’est ainsi qu’on découvre les travaux de Nina Kraus, de l’université Northwestern (Chicago). Musicienne et inventrice, cette neurobiologiste a montré que grandir dans un environnement sonore riche, non pas bruyant, mais rempli de stimulations complexes a une incidence sur les capacités cognitives et auditives.

Écouter de la musique éduquerait donc le cerveau à suivre le son avec précision et le formerait à découper et identifier les mots, les syllabes, dans une phrase. De quoi faciliter l’acquisition du langage chez l’enfant. Et aider l’adulte à conserver l’ouïe fine, à distinguer une voix dans le brouhaha quand il vieillira, en plus de garder toute sa tête !

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Car la musique fait partie de la réserve cognitive, c’est-à-dire l’ensemble des ressources intellectuelles accumulées durant la vie. Plus cette réserve est riche, plus lent est le vieillissement. Transposés dans le domaine du soin, les bienfaits de la musique se révèlent utiles en rééducation. Apprendre à jouer des morceaux simples au piano est un bon exercice pour récupérer des aptitudes motrices après un accident vasculaire cérébral.

Quant au chant, il aidera une personne aphasique à retrouver la parole. Certains malades d’Alzheimer sont aussi capables de retrouver ou de mémoriser une mélodie quand tout autre souvenir leur échappe.

Emmanuel Bigand, Babara Tillmann, La Symphonie neuronale. Humensciences, 2020. 252 pages. 20 euros.
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1 COMMENTAIRE

  1. Finalement, hormis aujourd’hui les appareils performants dont on dispose comme l’imagerie, l’informatique, etc… et qui apportent les preuves de l’influence bénéfique de la musique sur le cerveau il n’y a pas grand chose de nouveau. Déjà, en 1950, le niçois, Chercheur et ORL Alfred Tomatis avait mis en évidence ce phénomène. Sa méthode controversée, pour réduire, voir supprimer un handicap, lui a valu une radiation de l’ordre des médecins dans les années 70. On l’a traité de « croyant » plus que de « sachant ». Pourtant les avancées de la Recherche prouve qu’il avait en grande partie raison. Il a même précisé que la musique a un effet de stimulateur sur le cerveau à condition que l’on soit dans l’écoute et pas juste à entendre. Par ailleurs on sait depuis longtemps aussi que la belle musique (dite classique) influe positivement sur les animaux et les végétaux.
    Alors ne nous privons jamais d’écouter ce genre de musique !

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