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Romain Leleu, trompette sur toile

DISQUE – L’un de nos meilleurs trompettistes a sorti le 25 février, Move, un nouvel album qui fera date dans la liste des programmes consacrés à la musique de film. Il explore l’immense répertoire que les compositeurs ont légué à son instrument dans des arrangements de très bon goût, réalisés par Manuel Doutrelant, et servis par des musiciens « trois étoiles ».

Romain Leleu connaît bien ses compositeurs de musique de film : il avait déjà exploré quelques Delerue, Legrand et autres Morricone dans de précédents albums mais jamais sur un programme entièrement pensé autour de ce répertoire. Et force est de constater qu’il est allé chercher les plus belles partitions, en nous réservant quelques surprises bienvenues. 

Nino Rota, Ennio Morricone et Michel Colombier

Côté programme, il ne pouvait pas passer à côté de Nino Rota et de sa Strada, où la mélodie de Rota et la trompette du film ne font qu’un, ni à la plainte déchirante qui ouvre le générique du Parrain. Le Grand Choral de la Nuit américaine de Delerue, inspiré par Bach, est également de la fête, tout comme l’immortel Moon River de Mancini, pour Breakfast at Tiffany’s. Bien sûr, Michel Legrand et sa Chanson des jumelles des Demoiselles de Rochefort, le Cheek to Cheek dans la version Ella Fitzgerald/Louis Armstrong et la complainte de Pour une poignée de dollars du regretté Ennio Morricone sont là. Et que serait un tel programme sans Miles Davis et le cultissime Ascenseur pour l’échafaud  

Mais Romain Leleu est allé plus loin dans sa recherche en convoquant le trop méconnu Michel Colombier (l’arrangeur entre autres de Gainsbourg, de Barbara et d’Aznavour et grand compositeur pour le cinéma) dans le déchirant thème Emmanuel, inspiré du concerto pour hautbois de Marcello, et écrit en hommage à son jeune fils décédé. 

Films et concerto

Il va également chez Jerry Goldsmith et son thème nostalgique et velouté de Chinatown, l’une des plus belles bandes originales des années 1970, composée en quelques jours seulement.

Le Dingo de Michel Legrand (écrit pour Miles Davis) fait aussi partie de ces perles trop peu connues et qui nous replonge dans une époque de créativité folle, qui manque parfois à la musique de film actuelle. On aurait aimé un petit John Williams dans ce programme (on pense aux thèmes de JFK ou de Né un 4 juillet par exemple) mais ne boudons pas notre plaisir !

Diego Navarro : « Dans le cinéma actuel, il y a une tendance à reléguer la musique à l’arrière-plan »

L’album contient également le premier enregistrement du concerto pour trompette et orchestre Move de Baptiste Trotignon. Si la présence d’un concerto peut surprendre dans un tel programme, l’écriture de Trotignon se révèle finalement assez cinématographique dans les couleurs de la trompette, les rythmiques syncopées à l’orchestre (début du 1er mouvement et 3ème mouvement). C’est une partition virtuose pour la trompette, mettant en valeur toute la palette de l’instrument sans jamais chercher l’esbrouffe. Les thèmes sont inspirés, particulièrement un second mouvement mélancolique, magnifiquement joué au bugle. La partie d’orchestre, à l’orchestration subtile, jamais lourde devrait assurer à ce concerto un succès en concert. 

Romain Leleu est au sommet de son art, revisitant avec bonheur des musiques qu’il défend avec un plaisir communicatif et sans jamais chercher le clinquant qui peut parfois être le défaut de ces musiques. Le gout sûr du trompettiste nous permet de réentendre ces œuvres où le son de la trompette parfois très rond et puissant des enregistrements originaux devient plus contrasté, nuancé, aux couleurs pastelles, rendant les passages Forte d’autant plus impressionnants qu’il n’a pas à pousser pour qu’ils « sonnent » (Morricone). 

Romain Leleu est au sommet de son art, revisitant avec bonheur des musiques qu’il défend avec un plaisir communicatif et sans jamais chercher le clinquant qui peut parfois être le défaut de ces musiques.

Ibrahim Maalouf et Anne Paceo trio

Ces partenaires sont tous exceptionnels à commencer par Ibrahim Maalouf dans Ascenseur pour l’Echafaud, et ses compagnons du Romain Leleu sextet et du Anne Paceo trio : l’entente entre eux est évidente à l’écoute. La chanteuse Sloe livre une prestation de belle tenue dans Cheek to Cheek.

Un bémol ? L’orchestre de Stuttgart dirigé par Marcus Bosch livre un accompagnement un peu terne : tout est en place mais il manque ce supplément d’âme et de passion dans une musique qui en demande tant. Le contraste avec la musicalité de Romain Leleu est parfois saisissant, notamment dans le concerto de Trotignon. 

Rien de ceci n’enlève de valeur à un album passionnant de bout en bout et qui se place dans les meilleurs albums de musique de films sortis ces dernières années.

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1 COMMENTAIRE

  1. Le commentaire ci-dessus est très juste et fort bien senti. Je l’adopte totalement.
    Quelles belles interprétations de la trompette et de ses diverses déclinaisons!
    Romain maîtrise à l’envi ces divers instruments, et nous touche dans chaque oeuvre.
    Admirables aussi les divers solistes et les amis du sextet. Tous sont soulevés par le même enthousiasme et la même beauté musicale.

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