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Dora Pejačević, compositrice croate pionnière

DISQUE – Le chef finlandais Sakari Oramo, le pianiste anglais Peter Donohoe et le BBC Symphony Orchestra viennent de faire paraître un superbe enregistrement consacré à la musique flamboyante, passionnée et lyrique de la compositrice croate Dora Pejačević. 

Dora Pejačević (1885-1923) aurait pu vivre une vie d’opulence et d’oisiveté dans des châteaux féériques, mais au lieu de cela elle décida de sortir des sentiers battus, de rejeter un destin qui semblait tout tracé et de défier les conventions de son milieu social et de son genre.

Aristocratie croate

Dora Pejačević a grandi dans des palais d’Europe centrale. Son père est un aristocrate croate, qui fut haut fonctionnaire de l’Empire austro-hongrois et gouverneur civil de la Croatie, de la Slavonie et de la Dalmatie. Sa mère est issue de la noblesse hongroise. Pianiste et chanteuse amateure talentueuse, elle enseigne à sa fille les balbutiements du piano. En plus du piano, Dora apprend le violon, tout en développant ses talents dans les domaines de la poésie, de la peinture, du théâtre et des langues. 

Dora Pejačević © Croatian Music Information Center

A l’âge de 12 ans, elle a une assez grande maîtrise musicale pour composer ses premières œuvres. Ses parents prennent alors conscience que son talent mérite d’être encouragé, et Dora reçoit des cours privés avec des professeurs de l’Institut croate de musique à Zagreb, auprès desquels elle étudie le violon, la théorie et l’instrumentation. Puis, elle poursuit son éducation musicale en prenant des cours privés à Dresde et à Munich. 

Cependant, loin de se satisfaire de ces quelques cours, la jeune compositrice décide de compléter sa formation de façon autodidacte. Elle note scrupuleusement dans des carnets tout ce qui pouvait l’aider à parfaire ses talents de compositrice : « Ces notes vont de l’étude des instruments de musique et de leur utilisation dans l’orchestre à des exercices de fugue, de contrepoint et d’harmonies wagnériennes », explique ainsi Pamela Blevins dans le livret du présent album.

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Engagement

En 1913, Pejačević est la première compositrice croate, hommes et femmes confondus, à écrire et faire jouer un concerto pour piano. Cette première pièce orchestrale est une pièce virtuose et pleine d’élan lyrique dans la tradition du romantisme tardif, qui n’est pas sans évoquer les grands concertos de Rachmaninov ou Grieg.

Pendant la Première Guerre mondiale, Pejačević s’engage comme infirmière dans son village de Našice en Croatie. Cette expérience la bouleverse et l’amène à ressentir un profond mépris pour l’aristocratie, qui « ignorait les misères et souffrances de la guerre ». C’est de cette période que date sa flamboyante et épique Symphonie en fa mineur (1916-1917, révisée en 1920), qui montre à la fois sa grande maîtrise de l’orchestration, une grande richesse thématique et une profonde sensibilité poétique. 

En 1913, Elle est la première compositrice croate, hommes et femmes confondus, à écrire et faire jouer un concerto pour piano.

Brisée en plein vol

Malheureusement, la carrière de Pejačević est brisée en plein envol : elle décède en 1923 de complications suite à la naissance de son fils Théo. Et comme pour nombreuses de ses collègues, alors que son œuvre est appréciée, admirée et jouée de son vivant, elle est tombée dans l’oubli après sa disparition.

Son œuvre est encore trop rare au disque. Après une série d’enregistrements par le label CPO, c’est désormais le label anglais Chandos qui nous permet de (re)découvrir sa musique orchestrale et concertante, servie admirablement par Peter Donohoe au piano et le BBC Symphony Orchestra sous la baguette de Sakari Oramo. 

On aimerait donner aux programmateurs et programmatrices des saisons musicales des grandes institutions françaises et internationales le même conseil qu’avait donné la compositrice croate Dora Pejačević à son époux avant la naissance de leur fils, quelques mois avant sa mort : « Chaque talent, chaque génie, exige une considération égale, et le sexe ne peut entrer en ligne de compte. »

« Chaque talent, chaque génie, exige une considération égale, et le sexe ne peut entrer en ligne de compte. »

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Pourquoi on aime ?

  • Pour les élans passionnés de cette musique profondément post-romantique
  • Pour la beauté des mélodies luxuriantes Dora Pejačević, interprétées avec virtuosité par Peter Donohoe
  • Pour l’interprétation vive, colorée et acérée de Sakari Oramo et l’Orchestre Symphonique de BBC

C’est pour qui ?

  • Pour celles et ceux qui aiment être transportés par grandes œuvres orchestrales fiévreuses et lyriques
  • Pour les féministes, qui souhaitent découvrir et les compositrices injustement oubliées

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