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Songes baroques aux nuits d’été du Midsummer festival d’Hardelot

FESTIVAL – Pour cette nouvelle édition du Midsummer festival du château d’Hardelot, son directeur artistique, Sebastien Mahieuxe, a mis les petits plats dans les grands pour nous convier à un week-end d’aventures poétiques et audacieuses en terres baroques.

Dans les volutes d’une viole de gambe

Vendredi 24 juin, à la tombée du jour, nous apercevons une bien mystérieuse installation éphémère devant les murailles du château d’Hardelot. Lauriane et Sebastien Kochman, les fondateurs du restaurant Cool K’cahuete, ont déposé les deux dômes géodésiques et la cuisine mobile de leur restaurant nomade aux abords de l’édifice. Au menu, des saveurs simples et raffinées, concoctées par le jeune du restaurant l’Octopus de Lille, Nicolas Choquet. Comble du raffinement, le repas est ponctué d’interludes musicaux interprétés par le gambiste François Joubert-Caillet.

Le restaurant nomade Cool K’cahuete. © Pascal Brunet

Joubert-Caillet nous transporte dans le répertoire pour viole de gambe des grands compositeurs français baroques des XVIIe et XVIIe siècles, Jean-Baptiste Forqueray (1699-1782), Jean de Sainte-Colombe (1640-1700), Caix d’Hervelois (1677-1759) et Marin Marais (1656-1728). Dans le cocon intime et chaleureux de ce restaurant, aux lumières tamisées du soleil couchant, le gambiste nous fait gouter à un menu varié et délicieux, alternant avec beaucoup d’expressivité et une grande sûreté technique dans la conduite de l’archet, des pièces de caractères, tantôt douces et mélancoliques, tantôt vives et dansantes. 

François Joubert-Caillet. © Pascal Brunet

Nous le retrouvons le lendemain après-midi pour un « tea time » au jardin anglais du château d’Hardelot dans un second programme mêlant baroque allemand, avec notamment la célébrissime Suite BWV 1007 de Johann Sebastian Bach, et baroque français, avec des pièces de Marin Marais, François Couperin (1668-1733) et Jean-Baptiste Forqueray.

François Joubert-Caillet. © Pascal Brunet

Vivaldi dans tous ses éclats

Après la France, et l’Allemagne, nous faisons étape dans l’Italie de la première moitié du XVIIe. En compagnie de Julien Chauvin, de son ensemble Le Concert de la Loge, et des mezzo-sopranos Eva Zaïcik et Adèle Charvet, nous sommes transportés dans une exploration pétillante et tourbillonnante de la musique concertante et lyrique d’Antonio Vivaldi (1678-1741).

A la tête de son ensemble, le violoniste a imaginé un programme très séduisant, qui mêle grands airs d’opéra et pièces concertantes, qu’il dirige avec une énergie et un engagement de tous les instants. Le son dense, nerveux, chatoyant du Concert de la Loge rend justice à la brillance et l’inventivité de la musique du compositeur vénitien. Comme soliste, les sonorités lumineuses et éclatantes de Chauvin mettent en valeur la virtuosité de l’écriture de Vivaldi.

Julien Chauvin et le Concert de la Loge. © Pascal Brunet

Le son dense, nerveux, chatoyant du Concert de la Loge rend justice à la brillance et l’inventivité de La musique de VIVALDI

Ce concert est également l’occasion d’une rencontre au sommet de deux jeunes chanteuses, dont le talent est déjà reconnu et qui sont promises à de belles carrières. Avec Adèle Charvet et Eva Zaicik, complices plus que rivales sur la scène du théâtre élisabéthain d’Hardelot, nous sommes face à deux chanteuses aux timbres, styles et personnalités très différentes, comme le feu et la glace.

Adèle Charvet se démarque par la passion, l’éclat et l’exaltation de ses interprétations, alors qu’Eva Zaïcik se distingue par l’intériorité et la délicatesse de son chant. Lors des duos, leurs voix se marient idéalement pour nous faire ressentir les émois amoureux des héroïnes et héros vivaldiens. Car, à l’époque de Vivaldi certains rôles étaient chantés par des castrats, des chanteurs qui avaient subi une castration à la puberté pour pouvoir garder une tessiture aigu.

Julien Chauvin, Eva Zaïcik, Adèle Charvet et le Concert de la Loge. © Pascal Brunet
Lire aussi : 10 festivals classique à suivre en juillet

Embarquement en terres inconnues

Pour clore ce week-end intense et éclectique, dimanche après-midi, nous avons été invités aux noces loufoques de Florence et Mustapha dans les jardins du château. Le duo comique nous a fait voyager dans les « contrées exotiques des Mille et une nuits », avec ses mauvais génies, et de nombreux rebondissements rocambolesques. Heureusement, à la fin, « tout est bien qui finit bien », comme dirait Shakespeare, et l’amour triomphe.

Florence et Mustapha. © Pascal Brunet

A peine a-t-on eu le temps de nous remettre de nos émotions, que François Joubert-Caillet et l’ensemble vocal acapella du Quatuor A’dam nous font embarquer sur un vaisseau corsaire élisabethain. C’est parti pour une excursion mouvementée au son de la musique de la renaissance anglaise avec un panaché de musiques savantes et populaires qu’on jouait sur les navires corsaires anglais à l’époque de la « Reine Vierge », qui avait confié à ces pirates le soin de la conquête des mers face à la puissance de l’Armada espagnole.

C’est en lisant une biographie de Sir Francis Drake, le plus célèbre corsaire élisabethain, que François Joubert-Caillet a eu l’idée de ce programme. C’est un fait peu connu qu’on jouait de la musique sur les navires corsaires, notamment de la musique religieuse, mais également des chansons populaires. Le programme du concert débute ainsi par une prière pour la reine Elizabeth I composée par John Downland (1563-1626), avant d’enchaîner avec des madrigaux de compositeurs comme Thomas Bateson, Thomas Weekles, ou Thomas Tallis, et des chansons populaires évoquant la vie des marins anglais.

Pendant presque une heure, François-Olivier Jean, Ryan Veillet, Louis-Pierre Patron et Julien Guilloton, accompagnés de François Joubert-Caillet à la viole de gambe, nous ont plongé dans le grand bain de la musique polyphonique de la renaissance anglaise avec un sens de la narration et une musicalité sans faille.

François Joubert-Caillet, François-Olivier Jean, Ryan Veillet, Louis-Pierre Patron et Julien Guilloton. © Pascal Brunet

Le Midsummer festival d’Hardelot nous prouve une fois de plus qu’il est un lieu singulier et précieux de création musicale, où l’on peut entendre la fine fleur de la musique française dans un magnifique lieu patrimonial. Chaque année ce festival conjugue exigence et ouverture, musique savante et musique populaire, artistes reconnus et jeunes pousses pour créer des moments musicaux beaux, touchants, et inattendus.

Le MidSummer festival du château d’Hardelot continue jusqu’au 2 juillet. Informations et réservations ici.

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