spot_img
AccueilA la UneKaléidoscope : Fatma Saïd joue de lumière, et d'ombre

Kaléidoscope : Fatma Saïd joue de lumière, et d’ombre

Disque – Fatma Saïd fait son retour. Son précédent enregistrement, Nour (“lumière” en arabe) était un exemple parfait de métissage. Avec Kaléidoscope, à paraître ce 2 septembre, la chanteuse aux mille facettes file la métaphore, et promet de nous surprendre.

Est-il possible de revivre un coup de foudre ? Ou la magie d’une première rencontre est-elle, par définition, éphémère ? Lorsque nous avons croisé la route de Fatma Saïd, soprano égyptienne qui mène une belle carrière sur scène à l’international, elle venait de révéler sa lumière au monde. En 2020 paraissait Nour, un des disques solos les plus réussis de ces dernières années.

Ce qui faisait la beauté de ce programme, au-delà de la voix délicate et du timbre fascinant, c’était l’impression rare d’avoir rencontré quelqu’un. D’avoir accès, par des choix esthétiques forts, à un être singulier, et multiple. À la fois familier et intriguant. Par la découverte du répertoire classique égyptien, l’égale maîtrise du style français et le sel authentique de la canciòn espagnole, Nour délivrait un message. Fatma Saïd se révélait à nous. C’était en 2020, et nous étions conquis.

Fatma Saïd nous faisait découvrir en 2020 le lyrisme absolu du répertoire égyptien

L’amour dure trois ans ?

Quelque temps plus tard, le souvenir de la rencontre persiste, vif et réconfortant. Et lorsque la Warner annonça la parution d’un deuxième disque, appelé Kaléidoscope, la flamme s’est réveillée, et l’attente a grandi. On nous promettait encore un programme métissé, à la croisée d’identités musicales multiples. De Franz Lehar, à Carlos Gardel, de Jules Massenet à Serge Gainsbourg : nous étions sûrs que tous les musiciens représentés dans le disque seraient servis avec le même goût exquis. Pour couronner le tout, nous découvrions deux collaborations avec des artistes brillantes : la mezzo Marianne Crebassa dans la Barcarolle des Contes d’Hoffmann et la trompettiste Lucienne Renaudin Vary dans Cheek to cheek, un bien joli standard de jazz. C’était en juin, et nous étions fébriles.

À LIRE ÉGALEMENT : Fatma Saïd, lumière dans les mille et une nuits

Un nuancier, pas un camaïeu

Aujourd’hui, à l’heure où le disque se révèle au public, il n’est plus question de donner un avis trop personnel, car notre histoire avec la musique défendue par Fatma Saïd ne regarde que nous. Il faut dire, le plus froidement possible, que Kaléidoscope, comme beaucoup des grosses productions de Warner Classics, est impeccable. Le son léché a de quoi rendre jaloux tout interprète, désireux de voir sa musique restituée avec le même soin. 

Fatma Saïd en duo avec la mezzo-soprano Marianne Crebassa, dans Kaléidoscope, paru ce 2 septembre chez Warner Classics

Dans cette géométrie sans angle véritable, il y a néanmoins une tangente qui caresse les sphères et apporte un peu d’harmonie : c’est la voix de Fatma.

Une fois que l’on a dit ça, faut-il absolument disséquer chaque piste et se lancer dans une leçon d’anatomie musicale ? La tâche est trop lourde. En premier lieu parce qu’on ne peut pas juger de la même façon un air du Manon de Massenet et une reprise de la Javanaise. Et justement parce que l’on ne trouve pas de cohérence, pas de fil rouge qui traverse ces univers musicaux si éloignés, il nous est impossible de jeter un regard sur le programme complet sans tomber dans le piège de la liste de course et du “point par point”. Comme des droites parallèles, rien ne se croise vraiment dans Kaléidoscope, rien ne dialogue en aussi bonne intelligence que dans Nour. 

Une voix arc-en-ciel

Dans cette géométrie sans angle véritable, il y a néanmoins une tangente qui caresse les sphères et apporte un peu d’harmonie : c’est la voix de Fatma. Changeante, sensuelle, piquante, lyrique quand il le faut, intime quand on le demande, elle est toujours là. Un exemple parfait de cette souplesse : l’interprétation toute en relief et en prise de risque du fameux Youkali. Un bijou. Fatma Saïd n’a rien perdu de la prodigieuse plasticité vocale qui la distingue de beaucoup des chanteuses d’aujourd’hui. Quand tout le monde veut faire du métissage, Fatma Saïd possède une qualité rare : elle sait le faire. C’est pourquoi nous écouterons Kaléidoscope ce week-end, comme une réminiscence discrète, l’écho persistant d’une première rencontre.

Fatma Saïd, Kaleidoscope, Warner Classics, paru vendredi 2 septembre 2022.

- Espace publicitaire -spot_img
Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

- Espace publicitaire -spot_img

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter