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Standing ovation pour Watch au Châtelet

COMPTE-RENDU – La pianiste Shani Diluka, six détenus, la musique de Schubert, des ateliers d’écriture…, le tout transformé en spectacle, sous la houlette du metteur en scène Olivier Fredj, pour un melting pot artistique qui fait -enfin !- bouger les lignes.

Quand un retard change la face des choses

Tout commence par un retard. Un retard tel qu’il vous ferait presque renoncer à vous rendre au théâtre du Châtelet, alors que les imbrications de voitures et d’engins roulants en tous genres ont repris leurs droits sur le bitume parisien.
Conséquence directe : il va vous falloir grimper au dernier balcon, communément appelé « le poulailler », et dire adieu à la place qui vous avait été réservée au parterre, à quelques mètres de la scène.

Mais quand vous arrivez, une chose vous étonne : de nombreuses autres personnes ont également raté le début, et le personnel de salle, habituellement offusqué d’avoir à accueillir du public après le lever du rideau, vous dit simplement de prendre l’ascenseur jusqu’au cinquième étage.
Alors que vous partagez la cabine avec des jeunes habillés pour la noce, à grand renfort de strass, de tchatche, de maquillage et de vestes à paillettes, vous avez la nette impression que cette soirée ne ressemblera à rien de connu, et que le spectacle va se dérouler autant dans la salle que sur scène.

À lire également : La playlist classique de Shani Diluka, pianiste

Il est vrai qu’au dernier étage du théâtre, tout près du plafonnier, l’ambiance est chaude : coups de sifflets élogieux, applaudissements, diatribe, une assistance compacte commente ce qui se passe sur scène, plusieurs dizaines de mètres plus bas. Sans oublier les flashs des téléphones, qui fournissent une animation lumineuse presque plus riche que celle des projecteurs de la salle. Autant dire que les malheureux qui voulaient assister au spectacle en silence en sont pour leurs frais, émettant des chuts résignés.
Car l’ambiance est sympathique et respectueuse de ce qui se passe en direct. Le silence est même religieux quand Nadir Chebila vient partager le tabouret de piano de Shani Diluka; pour un quatre mains émouvant de simplicité.

Shani Diluka et Nadir Chebila
Un spectacle qui prend à revers

Il faut dire que ce spectacle, Watch, vous prend à revers… et aux tripes. À commencer par Nadir Chebila, justement, dont la vie est digne d’une tragédie grecque. Champion de France de boxe thaï en 2009 et 2011, il se blesse en boxant puis perd son permis de conduire. S’en suit un braquage de banque et 9 ans de prison au centre pénitentiaire de Meaux. C’est là, en 2020, qu’il rencontre le metteur en scène d’opéras Olivier Fredj, qui y fait des ateliers de théâtre.

En parallèle, cinq auteurs font des résidences d’écriture avec des patients de l’APHP, les résidents d’Epad, des sans-domicile fixe et des écoliers, pour questionner leur rapport au temps. Jaillissent alors des textes puissants, parfois rugueux, pour décrire l’absurde de la maladie, les désirs d’une vie rangée ou les souvenirs d’une montre cassée.

Ces textes servent de trame textuelle à l’œuvre théâtrale et musicale Watch, portés par 5 comédiens professionnels (Emma Bazin, Fanny Sintès, Hadyl Amar, Jacques Mazeran… et Nadir Chebila !) et 6 détenus du centre pénitentiaire de Meaux (Alphonse, Bizon, Davka, Haïss, Mara et Pazzo). La trame musicale est, elle, assurée par des esquisses du Voyage d’hiver de Schubert, qu’on pourrait renommer pour l’occasion « Voyages divers », proposées par la pianiste Shani Diluka et le créateur électro Matias Aguayo, avec le soutien de 5 musiciens.

Standing ovation

Quand un des personnages annonce fièrement qu’il a volé « le scooter au fils à Sarkozy » ou qu’un autre dit que son rêve est de devenir comédien, mes voisins du poulailler sont debouts pour exprimer leur joie. Quand, au milieu d’une tirade sur ses soucis de santé, une comédienne dit « le spectacle est fini », une belle voix de basse laisse entendre un « oui », laconique et profond. Mais il reste, car le spectacle dure encore une demi-heure, pour finir sur une ambiance de boîte de nuit qui emporte toute la salle.

C’est alors que toutes les personnes présentes au poulailler se lèvent en silence. Il faut dire que tout le théâtre est debout, pour une standing ovation du plus bel effet.

Un processus artistique nouveau

Si ce spectacle tire un peu à hue et à dia, de par son patchwork de textes et ses détenus-comédiens parfois maladroits, il en impose par sa dignité, l’implication de chacun à bâtir cette œuvre gigantesque et sa mise en scène impeccable. Mais surtout, il vous apporte l’absolue certitude qu’un processus artistique nouveau est en chemin, qui œuvre à un dialogue de toutes les parties de notre société. Et ça, c’est exaltant.

© Thomas Amouroux
Watch, une création par an, jusqu’à 2024. Un spectacle proposé par la compagnie Paradox Palace.
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