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Gstaad Menuhin Festival : Un concert Beethoven tout en contrastes

FESTIVAL – Suite et fin de notre périple à Gstaad ! Dans la grande tente du Gstaad Menuhin Festival, Vasily Petrenko, le Royal Philharmonic Orchestra ont donné un concert 100% Beethoven, en compagnie de trois solistes prestigieux, Sergei Babayan, Edgar Moreau et Dmitry Smirnov.

En 2020, le monde entier a célébré le 250e anniversaire de la naissance de Ludwig van Beethoven (1770-1827). Ce fut l’occasion d’une avalanche de concerts, de disques et de célébrations en tous genre. Or, il se pourrait bien que tout le monde se soit trompé de date. Avec sa 66e édition “Wien – Beethoven delayed » (« Vienne – Beethoven retardé »), le Festival Menuhin de Gstaad nous révèle qu’en fait Beethoven serait né en 1772. Vrai scoop ou fake news ? 

On vous rassure, le débat sur l’année de naissance de Ludwig van Beethoven est en réalité aussi vieux que Beethoven lui-même. Le compositeur était d’ailleurs persuadé d’être né en 1772, alors même que tous les documents officiels attestaient de sa naissance en 1770. Quoi qu’il en soit, comme le reconnaît le directeur du festival Christoph Müller, le plus important, c’est sa musique : « Beethoven incarne la substance, le couronnement et l’accomplissement du classicisme viennois, et constitue ainsi la colonne vertébrale de tout festival classique. »

Cependant, en 2022, on peut se demander si la musique de Beethoven a encore quelque chose à nous dire et si elle peut nous réserver des surprises. Le samedi 20 août, le concert “Perles rares symphoniques” a démontré que la musique de Beethoven est plus que jamais d’actualité, et qu’elle n’a pas encore révélé tous ses secrets. 

Échos des guerres du passé et du présent

À l’époque où Beethoven a composé les trois œuvres au programme, le Triple Concerto pour violon, violoncelle et piano (1803), la Fantaisie Chorale (1808) et la Symphonie n°5 (1804-1808), non seulement il devait faire face à une surdité croissante, qui l’avait poussé au bord du suicide, mais en plus l’Europe était en guerre, les troupes françaises de Napoléon déferlant sur le continent européen, de l’Allemagne à la Russie.

Ce contexte politique trouve un écho tragique aujourd’hui avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Et le monde de la musique classique n’a pas échappé aux contrecoups de la guerre, les opinions publiques occidentales faisant pression sur les institutions musicales pour déprogrammer certains musiciens russes proches du régime de Vladimir Poutine, voire même certaines œuvres du répertoire. Des musiciens ukrainiens ont trouvé refuge dans les pays occidentaux, et ont été accueilli dans certains orchestres, et des musiciens russes comme Vasily Petrenko ou Tugan Sokhiev ont décidé de cesser toute activité professionnelle dans leur pays.

À LIRE ÉGALEMENT : Notre interview du chef russe Vasily Petrenko
Dmitry Smirnov, Sergei Babayan, Vasily Petrenko et Edgar Moreau © Raphaël Faux
Raretés symphoniques

La première partie du concert a permis d’entendre des œuvres rarement jouées en concert, avec d’abord le Triple concerto pour violon, violoncelle et piano. À mi-chemin entre musique concertante et musique de chambre, le Triple concerto requiert trois grands solistes, un orchestre et un chef qui jouent ensemble en trouvant un équilibre tout apollinien.

Sur scène, les solistes ont fait preuve de beaucoup d’engagement, formidablement accompagnés par les musiciens du Royal Philharmonic orchestra, qui ont montré une belle homogénéité et de belles couleurs sous la direction de leur nouveau directeur musical. Dans l’allegro le violoniste Dmitry Smirnov et le violoncelliste Edgar Moreau ont rivalisé de virtuosité et de fougue, avec quelques fausses notes au passage du côté du violoniste, alors que le pianiste Sergei Babayan a pu sembler plus en retrait. Le mouvement lent a été un beau moment de lyrisme, de grâce et de douceur. Enfin, dans le mouvement final, le trio de solistes a entraîné l’orchestre et les spectateurs dans une polonaise endiablée et joyeuse.

Dmitry Smirnov, Sergei Babayan, Vasily Petrenko et Edgar Moreau © Raphaël Faux

La Fantaisie chorale pour piano, orchestre et chœur est une pièce unique en son genre. Composée à l’occasion d’un grand concert consacré exclusivement à la musique de Beethoven, aux côtés des 5e et 6e symphonies, cette œuvre était destinée à lui apporter une conclusion brillante. Commençant comme une sonate, avant de se transformer en concerto, puis en œuvre chorale, la Fantaisie Chorale annonce l’Ode à la Joie, bien qu’elle n’en soit en aucune manière une esquisse. Le pianiste Sergei Babayan déploie un jeu ample et chaleureux dans la sonate introductive, avant d’entraîner l’orchestre dans un concerto joyeux et champêtre, puis l’excellent chœur de la Zürcher-Sing Akademie pour un final plein d’entrain et de fraternité.

Sergei Babayan, Vasily Petrenko, le Royal Philharmonic Orchestra et le Zürcher-Sing Akademie © Raphaël Faux
Un Beethoven des extrêmes

Mais, rien dans la première partie du concert n’augurait du cataclysme sonore qui s’est abattu sur la salle dans la deuxième partie. Commençant à diriger la Symphonie n°5 sans même attendre que le public ne se taise, Petrenko a pris de court les spectateurs par la soudaineté du départ des musiciens, mais aussi par la tension et l’urgence qu’il a insufflé à la musique. 

Vasily Petrenko © Raphaël Faux

Cela ne fait qu’un an que Petrenko est le directeur musical du Royal Philharmonic Orchestra, mais on entend déjà les prémisses d’une relation très prometteuse.

La 5e symphonie est une œuvre tellement interprétée qu’elle semble en être devenue terne et peut avoir perdu de son tranchant et de ses couleurs à force d’interprétations lisses. Or, il ne faut pas oublier qu’à l’époque même de Beethoven ainsi que dans les premières décennies après sa disparition, les critiques et les musiciens furent saisis par la violence de cette œuvre. Ainsi le célèbre critique E.T.A. Hoffman écrivait en 1810 à propos du finale : « La véhémence des sentiments ne cessant de se combattre mutuellement, les contrastes constamment renouvelés, la surprise réitérée résultant de l’étrangeté des idées et de leur agencement tout à fait insolite, tout cela sollicite et captive les auditeurs à tout moment ».

C’est bien l’esprit de démesure de cette symphonie, ses contrastes entre violence et douceur extrêmes, qu’ont su restituer Vasily Petrenko et les musiciens du Royal Philharmonic Orchestra. Soulignant le caractère révolutionnaire de la musique de Beethoven, Petrenko tient l’auditoire en haleine en sculptant un discours musical tendu, dynamique, riche en nuances et en couleurs. Cela ne fait qu’un an que Petrenko est le directeur musical du Royal Philharmonic Orchestra, mais on entend déjà les prémisses d’une relation très prometteuse.

Sous la direction du chef russe, l’orchestre sonne déjà avec une grande homogénéité et discipline. Les cordes ont un son chaleureux et relativement dense, mais clair et élancé, et produisent par moment des pianissimi d’une légèreté presque impalpable, tandis que les bois ont de douces sonorités acidulées, qui peuvent tendre vers la stridence pour exprimer une certains angoisse. Les cuivres ont des sonorités ambrées et ne manquent pas de brillance, même si ils manquent par moment de précision et de justesse.

Au sortir du concert, on est un peu sonné par le déluge musical qui s’est abattu sur la salle pendant presque une heure. Mais l’on se dit que, décidément, la musique de Beethoven n’a pas perdu de son actualité en cette période troublée.

Vasily Petrenko et le Royal Philharmonic Orchestra © Raphaël Faux
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