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Valentin Silvestrov, compositeur ukrainien en exil

PORTRAIT – Le 8 mars, Valentin Silvestrov, 84 ans, franchissait à pied la frontière entre l’Ukraine et la Pologne après un périple de trois jours sur les routes de l’exode. Depuis l’invasion de son pays par la Russie, le doyen des compositeurs ukrainiens est devenu un des symboles du martyre de l’Ukraine.

Valentin Vassyliovytch Sylvestrov est né le 30 septembre 1937, à Kyiv, alors en Union soviétique. Son enfance et son apprentissage de la musique avant son adolescence restent entourés de mystère, mais on sait qu’à l’âge de 15 ans, il prend des cours privés de musique.

Il étudie ensuite à l’école de musique du soir Stetsenko pour adultes, entre 1953 et 1955, puis à l’Institut d’ingénierie de la construction de 1955 à 1958. Il perfectionne son apprentissage de la composition auprès du grand compositeur ukrainien Boris Liatoshinski, ainsi que le contrepoint et l’harmonie avec Levko Revutsky, à l’Académie nationale de musique Tchaïkovski de Kyiv, entre 1958 et 1964.

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Premiers éclats modernistes

Au début de sa carrière, Valentin Silvestrov est un musicien d’avant-garde, influencé par Anton Webern et Luigi Nono, mais dont l’écriture musicale n’est pas conforme aux préceptes officiels du réalisme socialiste. Il commence à se faire connaître à l’international, et en 1968, le compositeur Bruno Maderna dirige sa Symphonie no. 3 dite Eschatophonie à Darmstadt, haut lieu de la musique expérimentale en Allemagne de l’Ouest.

La même année, il ose défier les autorités soviétiques en quittant une réunion de compositeurs pour protester contre l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Union soviétique. Il est exclu de l’Union des compositeurs ukrainiens en 1970, puis réintégré quelques années plus tard.

Silvestrov choisit alors de se retirer de la vie publique, sans doute pour donner des gages aux autorités, et son écriture musicale va désormais plonger dans le silence.

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Traversée du silence

A partir des années 1970 la musique de Valentin Silvestrov se transforme radicalement. Il abandonne ses audaces formelles pour adopter un style plus mélodique, tonal, simple, et épuré. Il déclare ainsi : « Je n’écris pas de musique moderne. Ma musique est une réponse et un écho à ce qui existe déjà. »

Sa musique pleine de bruit et de fureur à ses débuts s’emplit désormais de silence, de calme et de douceur, comme le montre Silent Songs (1973-74), un magnifique cycle de 24 mélodies pour piano et soprano lyrique ou baryton léger, composé sur des poèmes de Keats, Pouchkine, Lermontov, Essénine, et d’autres. 

« Je n’écris pas de musique moderne. Ma musique est une réponse et un écho à ce qui existe déjà »

Valentin Silvestrov

Un artiste engagé

À partir de l’indépendance de l’Ukraine en 1991, puis de la Révolution orange de 2004, Silvestrov s’engage de nouveau sur la scène politique nationale et aborde des thèmes politiques et religieux dans sa musique. Après la disparition soudaine de sa femme, la musicologue Larissa Bondarenko, Valentin Silvestrov compose une œuvre méditative et puissante, Requiem for Larissa (1997-1999).

Écrit pour un chœur mixte et un orchestre symphonique, avec piano et synthétiseur, cette œuvre est construite à partir des mouvements de la messe des morts en latin mais aussi d’un poème de l’écrivain ukrainien Taras Shevchenko, qu’il transcrit musicalement dans une inspirée des chants liturgiques slave du début du XXe siècle.

En 2013, lors du mouvement Euromaïdan, Silvestrov se mêle aux manifestants, qui protestent contre le refus du gouvernement ukrainien de signer un accord d’association avec l’Union européenne. Touché d’entendre résonner des chants populaires et patriotiques entonnés par les manifestants, notamment l’hymne ukrainien, il compose en réponse Diptyque, une cantate pour chœur mixte a capella, qu’il dédie à Sergeï Nigoyan, le premier mort d’Euromaïdan. 

En février 2014, le régime ukrainien réprime brutalement les manifestations, provoquant des affrontements violents entre les manifestants et les forces de l’ordre. On entend les échos de ce soulèvement populaire, Révolution de la dignité, dans la série de mélodie Maidan-2014, pour chœur a cappella, dont le 13e mouvement, Prière pour l’Ukraine, est régulièrement joué dans les salles occidentales depuis que Vladimir Poutine a envahi l’Ukraine.

Exil en Allemagne

Valentin Silvestrov avec sa famille lors de son exil hors d’Ukraine, mars 2022. © Facebook Andrey Boreyko

Profondément attaché à son pays et ses compatriotes, Silvestrov a d’abord refusé de fuir Kyiv, lorsque la capitale subissait les bombardements de l’armée russe fin février et début mars. Ce furent sa fille et sa petite-fille qui l’ont convaincu de quitter le pays, ce qu’il fit grâce avec l’aide du pianiste russe Alexei Lubimov, qui coordonna avec des journalistes de la Deutsche Welle l’exode du compositeur et sa famille.

Depuis le mois de mars, le compositeur ukrainien est en sécurité à Berlin, et a accordé deux entretiens à la Deutsche Welle, dont les journalistes l’ont aidé à quitter l’Ukraine, et au New York Times. Mais il a refusé toute autre sollicitation.

Malgré les horreurs de la guerre, il continue de composer, en témoigne ses œuvres pour piano, Three Pieces et Pastorale and Elegy, interprétées et mises en ligne en mars dernier par son ami le pianiste Constantin Sigov. Plus que jamais, alors que le compositeur est contraint à vivre en exil, à l’instar de 4,6 millions d’Ukrainiens, la musique de Silvestrov résonne comme une réponse et un écho à nos temps troublés.

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