AccueilA la UneMiet Warlop au Kaai Theater de Bruxelles : mystiques rotatives

Miet Warlop au Kaai Theater de Bruxelles : mystiques rotatives

COMPTE-RENDU – Présentée au Kai Theater de Bruxelles, Ghost Writer and the Broken Hand Break vient déranger les notions de danses, musique et performance. L’artiste Miet Warlop invite le public belge à s’hypnotiser autour d’un spin incontrôlable et purificateur des âmes ayant pour seul décor le mouvement perpétuel de ses danseurs. Présenté en 2019 au même endroit, l’artiste revient avec un album musical électro-rock aux paroles sombres, scandées et rotatoires. 

Comment trouver un équilibre entre la maîtrise de soi et la dévotion ? Le mouvement est-il toujours un mouvement vers l’avant ?  Dans sa version plus contemporaine et plus agnostique, le tariqa de Miet Walrop se meut en une expérience sur la fine ligne de démarcation entre avoir le contrôle, et le perdre.

« Qui tourne en rond, termine par le début et commence par la fin » 

Durant trois quarts d’heures, trois interprètes tournent sur leur axe propre à la façon des soufies et derviches afin de toucher l’état d’une euphorie purement cérémoniale. Mouvements perpétuels rotatifs et cinétiques, les sens sont pluriels au sein de cette performance qui questionne les libertés, l’inhibition et l’épuisement. Hybride et dérangeante, la performance se positionne au carrefour de nombreuses pratiques et questionne l’importance de la perte de contrôle, l’impossibilité de s’arrêter… thèmes ô combien contemporains.

Un tariqa, dans la culture Soufi, est un rassemblement de fidèles dont les mouvements coordonnés provoquent une sorte de transe spirituelle. Hypnotique…

Entre récitation, concert, danse et performance, le chemin initiatique de transformation intérieure propre au soufisme trouve en trois danseurs/performeurs Joppe Tanghe, Wietse Tanghe (ainsi que Miet Warlop elle-même) une formation similaire à une confrérie spirituelle qu’est un tariqa. Eclairés par trois puits de lumière, les danseurs/chanteurs/musiciens tournent à n’en plus finir et s’accessoirisent de guitare, tambours et cymbales. Des électrodes cachées dans leur poches viennent recueillir les percussions de mains marquant le tempo, puis diffusées sur les hauts parleurs. Le résultat organique évoque les machines et rouages des Temps Modernes (Charlie Chaplin), ou les sons d’usines de Dancer in The Dark (Lars Von Trier).

La bande son de la performance est disponible sur bandcamp.

À lire également : Un marathon de danse à Venise

Miet Warlop 

Miet Warlop a étudié l’art tridimensionnel au KASK de Gand (l’Académie Royale des Beaux-Arts). Elle associe dans son travail des images façonnant des tableaux émotionnels à travers la pratique des expositions, des performances et de la scénographie. En 2003, elle remporte le prix du jury Franciscus Pycke du KASK, et l’année suivante, celui du Jeune Théâtre du festival TAZ à Ostende, avec son projet de fin d’études Huilend Hert, Aangeschoten Wild, une installation habitée, composée de six tableaux vivants et d’un sujet rampant. 

Partagée entre Bruxelles et Berlin, la jeune artiste (née en 1978) propose de multiples performances et actions sur la scène européenne depuis 2010 avec des productions comme Springville (2010), Nervous Pictures et Mystery Magnet (2012), Fruits of Labor (2017), After All Springville (2022). Elle a été nommée en 2017 « marraine » du Festival Actoral de Marseille, mais c’est surtout en 2022 qu’elle est remarquée lors de sa production One Song au Festival d’Avignon. 

Ghost Writer and the Broken Hand Break
 
« De la tension à l’attention, de la respiration au chant, de la concentration au regard, du regard au regard. Vibrant avec le moindre détail dans la galaxie. Et il n’y a pas de cadre à ajouter, seulement de la gravité. »(…) « Leur vitesse sera différente (danseurs). Ils seront dans toutes sortes de futurs et de passés, faisant des sons avec leurs instruments et leurs langues, tous alignés avec leurs pieds. Aucune culmination ne viendra frapper à l’horizon – l’horizon est lui aussi en cercle. Quand viendra le temps de s’arrêter, nous regarderons nos propres paumes et briserons le charme de la transition sans fin. La vérité est toujours quelque part là-bas. »

Miet Warlop

Issus chacun de leur singularité, chacun des danseurs vient s’aligner au mouvement perpétuel, à la façon de trois toupies. Unique dans son mouvement, le corps brasse l’air avec violence. La performance, spectaculaire, tient dans la persistance et le souffle maintenu. 

A mi chemin de l’angoisse et de l’hypnose, le public assis à deux mètres des danseurs est renvoyé à sa propre passivité, captant alors le trop plein de vie et de mouvement que créent le trio. La musique est diffusée selon une courbe similaire à l’air brassé par les chanteurs, vif et sec. 

Le public positionné autour des trois danseurs, le cercle est fermé, religieux et silencieux tandis que s’agite le son d’une musique composée par Pieter De Meester, Wietse Tanghe et Miet Warlop.  Le résultat est obsédant, chaque spectateur tenu au mal-être physique de se voir lui-même tourner pendant 45 minutes, empathique et absorbé par un mouvement cinétique infini.

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